Au cœur des paysages désertiques de Haute-Égypte, le lac Nasser défie l'aridité environnante. S'étirant sur 500 kilomètres, il figure parmi les plus vastes réservoirs artificiels du monde.
Créé lors de la construction du haut barrage d'Assouan (1958-1970), il fut le théâtre d'un sauvetage archéologique sans précédent, coordonné par l'UNESCO : 22 temples menacés furent sauvés, dont Abou Simbel, découpé et reconstruit plus loin.
Partagé entre l'Égypte et le Soudan, le lac abrite un écosystème unique, avec crocodiles du Nil et plus de 100 espèces d'oiseaux. Ses rivages ocres offrent une expérience authentique, loin de l'affluence touristique classique.
Lorsque Gamal Abdel Nasser arrive au pouvoir en 1954, l'Égypte fait face à des défis majeurs. Le Nil connaît des crues imprévisibles, tantôt insuffisantes, tantôt dévastatrices. Pour une population en pleine croissance, la maîtrise du fleuve devient une question de survie nationale.
Nasser lance le projet du haut barrage d'Assouan avec trois objectifs précis. Premièrement, réguler les crues du Nil pour protéger les populations et les cultures. Deuxièmement, étendre les surfaces irriguées de plus d'un million d'hectares supplémentaires. Troisièmement, produire l'électricité nécessaire à l'industrialisation du pays. Pour Nasser, ce barrage représente bien plus qu'un ouvrage hydraulique. Il déclare publiquement : "Le haut barrage est la clé de l'avenir de l'Égypte".
Le financement du projet déclenche une bataille diplomatique. Les États-Unis et la Banque mondiale promettent 270 millions de dollars en 1955. Néanmoins, Washington retire son offre en juillet 1956 après que Nasser ait reconnu la Chine communiste et acheté des armes à la Tchécoslovaquie. En riposte, Nasser nationalise le canal de Suez pour financer les travaux par les frais de passage. Cette décision provoque la crise internationale de Suez.
Suite à ce retrait occidental, l'Union soviétique offre un prêt de 400 millions de dollars. Nikita Khrouchtchev fournit également 2 000 experts et techniciens soviétiques. Cette alliance transforme le barrage en symbole de souveraineté nationale face aux puissances occidentales.
La mise en eau progressive du réservoir entre 1964 et 1970 entraîne le déplacement de 100 000 à 120 000 Nubiens. En Égypte, 50 000 personnes quittent leurs villages entre Assouan et la frontière soudanaise. Au Soudan, 50 000 à 70 000 habitants doivent également partir.
Les familles égyptiennes sont relogées dans 44 nouveaux villages de béton autour de Kom Ombo et d'Esna, à plus de 50 km de leur Nil ancestral. Les Soudanais rejoignent principalement New Halfa sur l'Atbara. Par ailleurs, plusieurs monuments antiques nécessitent un sauvetage d'urgence. Sous l'égide de l'UNESCO, une vingtaine de temples sont démontés puis remontés plus haut.
Le chantier débute officiellement le 9 janvier 1960, à 7 km au sud d'Assouan. Les travaux mobilisent 30 000 à 36 000 ouvriers égyptiens. La fermeture définitive du fleuve intervient le 15 mai 1964 devant Nasser et Khrouchtchev. La production d'électricité commence en 1967 avec les premières turbines. L'ouvrage est achevé en juillet 1970, après 11 ans de travaux. L'inauguration officielle a lieu le 15 janvier 1971.
À quelques centaines de mètres du haut barrage d'Assouan se dresse un promontoire rocheux qui rassemble trois monuments nubiens sauvés des eaux. Ce site, appelé Nouveau Kalabsha, constitue la porte d'entrée du lac Nasser : on y accède en une dizaine de minutes de bateau à moteur depuis le barrage, sans avoir à embarquer pour une croisière.
Le temple de Kalabsha est le plus vaste temple indépendant de toute la Nubie, avec 76 mètres de long et 22 mètres de large. Édifié sous l'empereur Auguste vers 30 avant notre ère, sur l'emplacement d'un sanctuaire plus ancien remontant à Amenhotep II, il était dédié à Mandoulis, dieu solaire nubien assimilé à Horus. Entre 1961 et 1963, une équipe allemande le démonta en quelque 13 000 blocs pour le remonter cinquante kilomètres plus au nord. Le pylône, la cour à colonnades et la salle hypostyle ont retrouvé leur agencement d'origine, et la terrasse arrière offre l'une des plus belles vues sur le lac.
Le temple de Beit el-Wali, taillé dans la roche, est le plus ancien des sanctuaires nubiens de Ramsès II. Ses reliefs polychromes comptent parmi les mieux conservés d'Égypte : on y voit défiler le tribut nubien, avec girafes, singes, peaux de panthère et défenses d'ivoire, ainsi que les campagnes du pharaon contre les Syriens et les Libyens. Une mission polonaise et égyptienne le transféra sur le site entre 1962 et 1965.
Le kiosque de Kertassi, enfin, dresse ses colonnes gracieuses face au lac. Ce petit édifice romain inachevé conserve six colonnes debout, dont deux surmontées de chapiteaux hathoriques. Au coucher du soleil, sa silhouette se découpe sur l'eau : c'est l'un des points photographiques les plus prisés du lac.
Les rives du lac Nasser révèlent ce sanctuaire dont le nom signifie "vallée des lions" en arabe. Cette appellation provient de l'allée de sphinx à corps de lion qui gardait l'entrée. Ramsès II érigea ce temple entre l'an 35 et l'an 50 de son règne, le troisième hémispéos construit par le pharaon en Nubie.
Le sanctuaire était dédié à Amon-Rê, Rê-Horakhty et au pharaon divinisé. Situé à environ 150 kilomètres au sud d'Assouan, le temple servait de reposoir à la barque sacrée lors de sa descente du Nil. En 1964, le service des antiquités égyptiennes démonta l'édifice pour le reconstruire quatre kilomètres plus à l'ouest. L'architecture combine une partie construite en pierre et une partie creusée dans la roche. Une transformation partielle en église copte au VIe siècle a permis de préserver certains reliefs sous une couche de plâtre.
Le temple d'Amada se distingue comme le plus ancien monument des rives du lac de nasser. Construit sous Thoutmôsis III durant la XVIIIe dynastie, puis agrandi par Amenhotep II et Thoutmôsis IV, ce sanctuaire était initialement dédié à Horus avant d'être voué à Amon-Rê et Rê-Horakhty. Son sauvetage reste un exploit technique remarquable.
Une équipe française déplaça l'édifice d'un seul tenant sur une distance de 2,6 kilomètres. Pour préserver les sculptures et peintures sans les endommager, le temple fut maintenu par des cerclages métalliques. Les travaux durèrent six mois, dont trois uniquement pour le déplacement. Les reliefs muraux et les colorations d'origine comptent parmi les mieux conservés de toute la région nubienne.
Ce temple se trouve sur la rive ouest du lac Nasser, à proximité de Wadi es-Seboua. Le sanctuaire est principalement dédié au dieu Thot, dieu de la sagesse et de l'écriture. Le roi nubien Arqamani érigea le sanctuaire original au 3e siècle avant notre ère. Des souverains ultérieurs, notamment Ptolémée IV et les empereurs romains Auguste et Tibère, ajoutèrent d'autres éléments.
Le temple présente un pylône de 12 mètres de haut et des reliefs détaillés. Les murs affichent des inscriptions en grec, démotique et méroïtique, témoignant des échanges entre les peuples de la région. Les visiteurs accèdent au site principalement par bateau. Le temple est généralement visité lors d'une croisière sur le lac Nasser, avec une durée moyenne de 30 à 45 minutes. L'entrée est incluse dans les circuits organisés.
Situé sur la rive est du lac Nasser, ce temple rupestre fut construit au XIIIe siècle avant J.-C. sous Ramsès II. Entièrement taillé dans la roche, le sanctuaire est dédié à Amon-Rê, Rê-Horakhty et Ptah. Ramsès II y apparaît également sous forme divinisée. Le temple comprend une façade sculptée dans la falaise, une salle hypostyle à piliers et plusieurs salles intérieures menant au sanctuaire. Les murs présentent des reliefs représentant Ramsès II offrant des sacrifices aux dieux, ainsi que des scènes de victoires militaires et de cérémonies religieuses. La visite dure généralement 30 à 45 minutes dans le cadre d'une croisière sur le lac.
Cette sépulture représente la seule tombe nubienne sauvée lors du sauvetage des temples par l'UNESCO. La tombe date de la XXème dynastie, sous le règne de Ramsès VI. Pennout était "Supérieur des prêtres du temple d'Horus d'Aniba". La chapelle, creusée dans la roche, se compose d'une salle de 5,9 X 2,7 m et de 1,9 m de haut.
Elle contenait à l'origine trois statues représentant des divinités, dont une déesse à tête de vache identifiée comme Hathor d'Aniba. Les murs affichent des scènes d'offrandes particulièrement raffinées, notamment le couple Pennout et Takha devant Rê-Horakhty.
À 280 km au sud d'Assouan, Abou Simbel demeure le site le plus spectaculaire du lac Nasser. Ramsès II fit creuser ces deux temples dans le grès de la montagne vers 1260 av. J.-C.. Le grand temple, précédé de quatre colosses assis de 20 m de hauteur, était consacré à Rê, Amon et Ramsès II.
Le petit temple, dédié à Néfertari et Hathor, présente six statues debout de 10 m représentant le pharaon et son épouse. Entre 1964 et 1968, l'ensemble fut découpé en 1 305 blocs pesant jusqu'à trente tonnes chacun, puis remonté 64 m plus haut sur une colline artificielle. Les rayons du soleil pénètrent jusqu'au fond du sanctuaire deux fois par an. Deux fois par an, le 22 février et le 22 octobre, un phénomène remarquable se produit à l'aube.
Les rayons du soleil levant traversent l'entrée du grand temple, parcourent une soixantaine de mètres à travers la salle hypostyle et viennent illuminer le sanctuaire le plus reculé. La lumière éclaire alors successivement Ramsès II, Amon-Rê et Rê-Horakhty. Seul Ptah, divinité du monde souterrain, demeure dans l'obscurité — exactement comme les architectes de Ramsès l'avaient prévu il y a trente-trois siècles.
La création du lac Nasser a donné naissance à un sanctuaire écologique inattendu au milieu du désert nubien. Cette zone humide artificielle attire une biodiversité remarquable qui prospère sur ses 8 000 kilomètres de périmètre.
Le recensement international de janvier 2015 a révélé plus de 600 fuligules nyroca dans les environs d'Assouan, un chiffre d'importance internationale pour cette espèce. Les ornithologues ont répertorié plus de 100 espèces d'oiseaux fréquentant le lac et ses environs.
Aux premières lueurs du jour, vous observerez des dizaines d'espèces migratorires, notamment le pélican blanc, le milan noir, l'aigrette, l'oie de Nubie et l'ibis. Les flamants roses, les cigognes majestueuses et diverses variétés de canards ont également élu domicile dans cette oasis. Le lac occupe une position stratégique sur les voies migratoires africaines, servant d'étape cruciale pour les oiseaux traversant le Sahara.
Les études réalisées entre 2008 et 2009 ont estimé la population de crocodiles du Nil entre 6 000 et 30 000 individus. Ces reptiles bénéficient depuis treize ans d'une protection légale interdisant leur chasse. Les mâles adultes mesurent entre 3,5 et 5 mètres pour un poids oscillant de 225 à 750 kilogrammes. Ces prédateurs règnent sur les eaux tranquilles du lac, régulant naturellement les populations piscicoles.
Le lac abrite plus de 32 espèces de poissons, dominées par la perche du Nil et le tilapia. La perche du Nil atteint des proportions spectaculaires, oscillant généralement entre 1,20 et 1,50 mètre, les spécimens exceptionnels pouvant dépasser 1,80 mètre et atteindre 250 kilogrammes. Cette richesse ichtyologique permet une production annuelle estimée à environ 25 000 tonnes de poissons.
L'accès aux trésors du lac de Nasser nécessite une planification réfléchie. Seuls six bateaux disposent d'une autorisation officielle pour naviguer sur ces eaux, créant une expérience exclusive loin des circuits traditionnels.
Le MS Eugénie accueille 46 passagers dans des suites climatisées avec balcon privé, pour un tarif oscillant entre 6 000 et 9 000 euros par personne pour 4 nuits. Le Prince Abbas propose un confort similaire à un prix légèrement inférieur, entre 4 500 et 6 500 euros par personne. Les croisières durent habituellement entre quatre et six jours, avec embarquement possible à Assouan ou Abou Simbel.
Les safaris halieutiques se déroulent d'octobre à mai. La perche du Nil atteint des poids remarquables de 100 kilogrammes, offrant un défi aux passionnés de pêche sportive.
Privilégiez la période d'octobre à avril, avec un optimum en novembre-décembre. Les températures oscillent entre 15°C le matin et 30°C l'après-midi.
Le port du Haut Barrage d'Assouan, situé à quinze kilomètres au sud de la ville, constitue le point d'embarquement principal.
Contrairement au Nil qui sature sous le poids de ses alignements de pontons et de ses flux touristiques, le lac de Nasser impose un espace-temps radicalement différent. Vous naviguerez dans un silence dense, troublé uniquement par le clapotis de l'eau contre la coque. Les vendeurs à la sauvette et la course pour photographier sans groupe en arrière-plan appartiennent à un autre monde. La plupart des voyageurs referment leurs bagages aux portes de la Nubie, comme si le fleuve s'arrêtait à Assouan. Pourtant, au-delà du barrage s'étend une expérience authentique loin du tourisme de masse.
Son accès se fait uniquement sur autorisation d'état. Le nombre de bateaux autorisés à naviguer reste limité, créant une atmosphère intime et sereine. En effet, jamais plus d'un bateau ne s'arrête simultanément sur les sites. Hors saison, le remplissage dépasse rarement 50%. Les safari-boats accueillent peu de passagers, permettant d'explorer des zones isolées et des criques sauvages. Vous découvrirez les temples dans des conditions privilégiées, où les sites vous appartiennent véritablement.
Votre voyage au lac de Nasser demande une préparation adaptée aux conditions désertiques. Privilégiez les mois de février à avril, ainsi que novembre et décembre, périodes où les températures restent agréables pour les activités extérieures. Pendant l'été, les températures dépassent les 40°C, rendant les excursions plus exigeantes.
Le port du Haut Barrage d'Assouan, situé à quinze kilomètres au sud de la ville, constitue votre point de départ. Assouan se rejoint aisément par avion depuis Le Caire ou par train depuis Louxor. Les transferts sont généralement inclus dans les forfaits de croisière.
Préparez des vêtements légers pour la journée et des couches supplémentaires pour les soirées. Chapeau, lunettes de soleil et crème solaire demeurent indispensables. Les jumelles s'avèrent essentielles pour l'observation de la faune, tandis que certains opérateurs proposent la location d'équipement de pêche.
Côté santé, privilégiez l'eau en bouteille et utilisez un répulsif anti-moustiques en soirée. Vérifiez vos vaccinations avant le départ. La baignade se pratique uniquement dans les zones encadrées en raison de la présence de crocodiles du Nil. Une préparation physique légère, avec des balades hebdomadaires, vous permettra de profiter pleinement des excursions. Savoir nager constitue un prérequis.
Q1. Le lac Nasser abrite-t-il des crocodiles du Nil ?
Oui, le lac Nasser héberge une importante population de crocodiles du Nil, estimée entre 6 000 et 30 000 individus. Ces reptiles, protégés par la loi depuis plus de treize ans, constituent les seuls crocodiles encore présents en Égypte.
Les mâles adultes peuvent mesurer jusqu'à 5 mètres et peser jusqu'à 750 kilogrammes. C'est pourquoi la baignade n'est autorisée que dans les zones strictement encadrées.
Q2. Pourquoi le barrage d'Assouan et le lac Nasser ont-ils été construits ?
Le président Gamal Abdel Nasser a lancé ce projet entre 1960 et 1970 pour répondre à trois objectifs majeurs : réguler les crues imprévisibles du Nil, étendre les surfaces irriguées de plus d'un million d'hectares, et produire l'électricité nécessaire à l'industrialisation du pays. La construction a nécessité 11 ans de travaux et mobilisé jusqu'à 36 000 ouvriers.
Q3. Comment les temples d'Abou Simbel ont-ils été préservés de la montée des eaux ?
Entre 1964 et 1968, une opération de sauvetage coordonnée par l'UNESCO a permis de découper les temples d'Abou Simbel en 1 305 blocs pesant jusqu'à 30 tonnes chacun. L'ensemble a ensuite été remonté 64 mètres plus haut sur une colline artificielle.
Au total, 22 des 24 temples menacés par la création du lac ont été sauvés grâce à cette mobilisation internationale.
Q4. Quels sont les moyens pour explorer le lac Nasser ?
L'exploration du lac se fait principalement par croisière, avec seulement six bateaux autorisés à naviguer sur ces eaux. Les croisières durent généralement entre quatre et six jours, avec embarquement à Assouan ou Abou Simbel. Pour les amateurs de pêche sportive, des safaris halieutiques sont organisés d'octobre à mai, ciblant notamment la perche du Nil qui peut atteindre 100 kilogrammes.
La période idéale s'étend d'octobre à avril, avec un optimum en novembre-décembre. Durant ces mois, les températures oscillent entre 15°C le matin et 30°C l'après-midi, offrant des conditions agréables pour les excursions. Il est préférable d'éviter l'été, lorsque les températures dépassent les 40°C dans cette région désertique.